Je
ne connais pas l'ennui,
seulement le repos. Chaque instant est différent. La vie est un
étonnement permanent. Je ne sais rien. La nature est un étonnement
profond et permanent.
Comment s'ennuie-t-on? En répétant des actions sans intérêt. Partager
nos vies selon un duo travail-divertissement est une aliénation extrême
qui est le résultat de la mécanisation de notre temps.
Chercher le divertissement
dans la négation du travail est une erreur fondamentale. Le
divertissement n'a pas à en être séparé. Se divertir c'est diversifier l'activité de
son esprit. Le divertissement ne passe pas par la négation. En
d'autres termes, aller à la même plage tous les ans ou regarder la
télévision ne sont pas des divertissements au sens propre pour nos
esprit.
Ce qui serait louable de
retrouver, c'est un sens au travail. Le travail n'a pas vocation à
être salarié. Avoir un travail qui serait sa vie, un travail avec
du sens et qui ne serait pas séparé du plaisir. Il faut accepter
cependant de rendre une part de notre activité en société pour se
concentrer sur soi pendant un temps. C'est plus difficile qu'il n'y
parait. Nous sommes devenus des individus sur-socialisés
c'est-à-dire vivant en grande partie pour la norme et non au moyen
de la norme. L'erreur serait de tenter l'aventure en pensant à la
raconter au plus vite en revenant. C'est une action personnelle ou
menée en petit groupe et simplement destinée à trouver une paix et
un sens simple à sa vie.
Pour qui travaillons-nous? Pour les autres... les métiers que nous choisissons le sont sous contraintes sociales et la motivation principale de ce choix est de se donner un statut puis un salaire correspondant à ce statut. Quand ce n'est pas cela, il s'agit souvent d'un métier qui ne nous dérange pas et donc choisi par élimination.
Pour qui nous
marrions-nous? Pour les autres... choisissons-nous quelqu'un parce
que cette personne nous complète ou parce que les autres seraient
jaloux en nous voyant avec ou encore pour faire plaisir à nos
parents? Le déterminisme social nous pousse souvent vers des personnes que l'on ne choisit que par défaut.
De plus, nous travaillons
souvent pour entretenir un mariage, une maison, une voiture ou une
vie coûteuse et dénuée d'intérêt. Notre seul étonnement
provient de l'effet d'annonce de la mise sur le marché d'un nouvel
appareil révolutionnaire ou du dernier film "coup de poing"
sorti au cinéma.
L'ennui est
caractéristique de notre société. Nous faisons des choses pour ne
pas nous ennuyer. Il est vrai qu'en ville, il est difficile de
s'étonner positivement au jour le jour.
La ville ne me parle pas.
La ville me commande. Les gens vont trop vite, ils parlent beaucoup
mais racontent si peu. La nouveauté est la règle. Ce qui est passé
est caduque et ce qui arrive est inévitable. Le béton a tué
l'oxygène. L'impermanence est malsaine ici. Il n'y a pas d'étoiles
la nuit. Rien ou presque ne laisse à rêver. Pas d'horizon, pas
d'étendue inutile et absurde, pas de désordre organisé, pas
d'animaux en liberté, pas de variété... Comment mon esprit peut-il
vagabonder sans paysage? Comment ne devient-on pas fou sans un esprit
qui vagabonde?
Je veux que l'ennui
redevienne le repos et que l'étonnement comble ma vie de plaisir
tantôt soudains tantôt abstraits.
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