Les débats en cours sur
la transition écologique et énergétique mettent en exergue un
problème sur la question centrale. Que veut-on? Utiliser d'autres
énergies que le nucléaire et le pétrole ou trouver une solution
globale qui nous empêcherait de modifier constamment
l'environnement?
Cette question en cache
une autre. Veut-on changer notre mode de vie pour ne plus abîmer la
planète ou veut-on changer de mode de vie parce que cette vie ne
nous convient pas?
Je pense que ces deux
questions sont liées, intimement.
Un des rêves des hommes
contemporains est celui de ne plus avoir à bouger le petit doigt
pour faire la moindre chose. Le jour où l'on n'aura plus qu'à
actionner un interrupteur pour faire tout ce que l'on veut serait le
jour de l'extase, de l'aboutissement de la vie. Ah oui?
Nous nous sommes tous dit
que le jour où l'on inventerait une machine qui nous
télé-transporterais d'un point A à un point B sur le globe, alors
la vie serait tellement plus simple, plus intéressante.
Ah oui? Et le voyage
alors? L'intérêt de la visite, du tourisme et de la découverte
réside peut être seulement et uniquement dans le voyage. Aucun
site, monument ou paysage ne vaut le coup sans la dose d'effort
nécessaire pour l'apprécier. Quel étonnement aurions-nous devant
des choses si facilement accessibles? Irions-nous seulement les voir?
Ce raisonnement peut être
appliqué à la majorité de nos actions dans la vie. Manger, se
loger, voyager, travailler...
Réduire sa consommation
révélerait une gamme de conséquences positives. Nous sommes
nombreux à avoir l'impression de courir après nos vies. Quand on se
lance dans la vie active, l'achat d'une voiture et d'une maison sont
les objectifs principaux. Les accessoires technologiques tels que les
téléviseurs à écran plat et les « i Phone » viennent
les compléter quasiment automatiquement. Pour les accomplir, il faut
s'endetter. La technologie coûte cher en argent et surtout en temps
de vie. Pour se l'approprier, il faut échanger une quantité énorme
de notre temps de travail et gaspiller beaucoup de notre temps libre
pour les choisir et les utiliser. Le jeu en vaut-il la chandelle ?
A quoi servent ces
objets ? Ils servent à se divertir principalement et à
regrouper plusieurs fonctions en une seule. Le téléphone est
l'objet caractéristique de ce phénomène. Il sert de téléphone,
GPS, ordinateur avec connexion internet et de condensé de
divertissement. Nos téléphones attirent la majeure partie de notre
concentration hebdomadaire. Serait-ce si terrible de ne s'en servir
que de téléphone ? Nous pouvons encore nous passer d'une
connexion internet pour quelques heures. Personne ne nous oblige à
consulter nos mails toutes les vingt minutes ni à être disponible
instantanément sur un chat instantané. Nous pourrions également
réapprendre l'usage des cartes pour s'orienter sur la route. L'usage
du GPS nous prive de la compréhension du chemin que l'on parcourt. Faisons un éloge de la lenteur. La lenteur nous apprend.
Aller à son rythme permet de comprendre nos actions, éviter de
reproduire les mêmes erreurs et surtout faire une action après
l'autre. Préférons l'action "unique" exécutée avec lenteur à l'action
"multiple" réalisée à toute vitesse. C'est peut être la différence entre
une pensée artisanale et une pensée industrielle.
Ces objets sont donc des
gadgets. Ce sont des objets qui ne sont pas directement utiles et
dont le coût dépasse le bénéfice que l'on peut en tirer. En
d'autres termes, il n'est pas difficile de s'en passer... si l'on
accepte que nous sommes des êtres lents non voués à être des
machines.
Le coût de ces objets en
temps et en travail étant trop élevé, nous pourrions nous en
séparer pour récupérer un peu de notre liberté. Ce serait une
première réduction de consommation bénéfique à notre condition
d'être humain.
Cette réduction a un
effet directement écologique si l'on s'en soucie. La fabrication de
ces composants étant coûteuse en ressources naturelles (lithium,
pétrole...) et travail humain, nous réduirions à coup sûr notre
impact écologique sur la nature.
D'un point de vue humain,
cela nous permet de ne pas avoir à nous actualiser à chaque sortie
d'un appareil Apple puisque ces appareils n'ont pour but que
d'accomplir plus rapidement des fonctions déjà existantes. Aucune
innovation ne transparaît de ces objets. Ce sont des remakes
d'objets déjà existants. Ne pas s'actualiser et s'enrichir d'une
expérience lente et voulue est un acte majeur de développement de
l'esprit. Apprenons peu mais bien.
Cette réflexion est aussi
valable pour l'alimentation. Combien de produits achetons-nous et à
qui ?
Notre alimentation
provient des supermarchés. Nous connaissons les qualités nutritives
médiocres de ces produits. Mais ils sont moins chers et plus faciles
à préparer. Cependant ne vous sentez-vous pas déconnectés de ce
que vous mangez ? N'avez-vous pas une impression de faux lorsque
vous mangez ? Si c'est le cas, c'est que dans le fond, vous
savez que vous ne nourrissez pas réellement votre corps. Vous
l'engraisser ou simplement l'entretenez pour une mort lente et sans
saveur.
La cuisine nous manque.
Nous ne savons plus faire le pain, mets si basique et si simple à
préparer. Nous achetons des salades composées de légumes exotiques
alors que une grande partie de nos mauvaises herbes sont comestibles,
riches en toutes les vitamines nécessaires et connues de nos
grands-parents qui s'en sont nourris toute leur vie. Et enfin la
viande consommée en si grande quantité est nuisible à notre santé
et demande un trop grand sacrifice de bêtes et de pâturages.
Réapprendre à nous
nourrir de choses simples et qui nous entourent présente beaucoup
d'avantages. Le premier, pour la santé, rien de mieux que de bonnes
recettes maisons pour éviter la consommation excessives de produits
chimiques. Un autre non négligeable est économique. L'économie
d'argent permet l'économie de travail et donc un plus grand temps
libre pour penser, se reposer et être libre bien sûr. Et enfin,
« last but not least », la sensation
d'auto-accomplissement qui vous parcoure lorsque vous consommez ce
que vous produisez n'est pas un leurre. C'est un sentiment de
maîtrise sur ses conditions de vie qui nous rend libre et nous
enlève ce stress du lendemain que nous connaissons tous.
Consommer moins pour
travailler moins dans la machine et travailler plus dans votre vie.
C'est le leitmotiv. Essayons d'avoir un travail qui serait notre vie.
La machine ou le système est une métaphore de la dépendance. Être
dans le système c'est tout simplement être dépendant. Refuser que
la monnaie soit l'outil majeur de notre survie est un acte
libertaire majeur et radical. Il n'a jamais été évident que la
monnaie pourrait être responsable de la dépendance. Il faut
maintenant se rendre à l'évidence, elle nous tient. A la moindre
crise, nous plongeons avec elle. Au moindre licenciement, nous
risquons la faillite. Nous n'avons plus rien à part elle. La déesse
monnaie est le symbole de notre soumission non volontaire à l'état.
Avec un quelconque travail salarié, nous ne sommes rien sans la
monnaie puisqu'elle est censé représenter ce que je vais manger et
la manière dont je vais me loger. Trouver une alternative
progressive à la monnaie est un chemin qui peut mener loin. Il passe
bien évidemment par la réduction de consommation et le retour
partiel ou total à la terre.
Pour accomplir ce
changement, la lenteur peut être une bonne voie à suivre pour ne
pas prendre le risque de la faillite et d'observer progressivement
les changements qui s'opère dans nos vies.
Camarades socialement
techniques et futurs paysans, salut !
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